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 Thalassa : flagrant délit de propagande et de désinformation pour la pêche profonde

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MessageSujet: Thalassa : flagrant délit de propagande et de désinformation pour la pêche profonde   Sam 16 Oct 2010, 00:19

Lettre ouverte de Claire Nouvian, présidente de l'association BLOOM, à propos du reportage de Thalassa sur la pêche profonde intitulé "Les Derniers Mohicans"(1) Décryptage succinct d'un reportage mensonger à destination de tous ceux qui désirent lire entre les lignes de la désinformation audiovisuelle.

Je prends la parole directement puisque j'apparais dans le reportage de THALASSA « Les derniers mohicans », diffusé le 8 octobre 2010, qui est un exemple flagrant de désinformation. Il semblerait qu'il a été consciemment réalisé de façon partiale et mensongère pour servir de soutien médiatico-politique précieux aux rares groupes industriels concernés par l'activité de pêche profonde dont il est question dans le film. Pour parvenir à ses objectifs, le reportage tronque la vérité, sélectionne les points de vue, les propos et les informations, fait grossièrement passer les défenseurs de l'environnement pour des bourgeois parisiens aisés et les pêcheurs industriels pour des victimes de leurs attaques.

A la désinformation, je ne connais qu'une réponse : la rationalité et la transparence. C'est dans cet esprit que je vais partager quelques sources (une liste exhaustive ferait plus de 100 pages, il m'est donc impossible de la poster ici) ainsi que le contexte de ce tournage avec les téléspectateurs de THALASSA qui auraient subodoré une imposture dans ce film, ou quiconque s'intéresserait à la façon dont notre pays appartient à un groupe restreint de dix nations de pêche dans le monde impliquées dans le chalutage destructeur des grandes profondeurs océaniques.

THALASSA a pris sans surprise la défense de la pêche industrielle, mais je ne pouvais imaginer qu'ils iraient jusqu'à faire un plaidoyer pour des pratiques critiquées par les chercheurs du monde entier… sauf un, que THALASSA a trouvé (et qui est lié depuis peu par ses fonctions aux intérêts de la pêche profonde)... C'est de ce fait le seul chercheur qu'ils aient interviewé en 27 minutes de film.

C'est donc par indignation morale de voir réduit à néant tout le travail de la science que je tiens à ramener de la rationalité dans ce débat.

Reprenons le « dossier » point par point et ajoutons-y quelques références et liens. Rien de tel que de retourner à la source pour se faire une opinion éclairée et sortir du « procès de sorcellerie » qui est fait dans le film, non pas aux pêcheurs comme voudrait le faire croire l'un des armateurs industriels, mais aux ONG.

Je tiendrai à la disposition de ceux qui le souhaitent les mails que j'ai envoyés au journaliste de THALASSA qui contenaient les informations qu'il a soigneusement évincées de son reportage : des éléments essentiels comme le déficit chronique de ces armements de pêche profonde, malgré les subventions publiques massives dont ils bénéficient, ou le fait qu'en pêchant ces rares poissons profonds, les chalutiers mènent d'autres espèces à l'extinction.

Les ONG se battent pour le maintien de la pêche, non pas celle qui assèche les finances publiques, détruit l'environnement et fait décroître les emplois, mais plutôt celle qui favorise au contraire les humains dans leur plus grand nombre et dans l'équité, celle qui maintient le maximum de marins-pêcheurs sur le littoral et qui a le potentiel d'être sélective et respectueuse de l'environnement, et donc de durer dans le temps sans mettre en péril la productivité des écosystèmes et donc l'activité de pêche et les emplois ; cette même pêche qui est en train de disparaître en France car au lieu d'utiliser nos deniers publics pour soutenir ces pêcheurs-là, nos impôts vont en masse à la grande pêche industrielle.
1. Les opérateurs de pêche profonde ne sont pas rentables : l'exemple de la Scapêche

La lecture en libre accès des comptes d'exploitation des trois principaux armements de pêche profonde (Scapêche, Euronor, Dhellemes : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] révèle des pertes financières chroniques et substantielles malgré des subventions publiques très importantes. Sans rentrer dans le détail (même s'il y a beaucoup plus à dire) et pour ne prendre que l'exemple de la Scapêche (flotte du distributeur Intermarché) dont il s'agit principalement dans le reportage, notons que l'examen des comptes de 2002 à 2008 révèle une situation désastreuse : malgré les aides directes (aides à la construction, Fonds de prévention des aléas à la pêche, FPAP ) et indirectes de l'UE et de l'Etat (détaxe gasoil), la Scapêche affiche une perte cumulée dans son résultat d'exploitation de 7,32 millions d'euros de 2002 à 2008. Dans des conditions d'exploitation réelles (avec réintégration des aides indirectes, c'est-à-dire s'il leur fallait payer le gasoil au prix réel), le déficit serait lourdement accentué. Autrement dit, les activités de la Scapêche ne sont absolument pas viables (bilans gratuits ici).

Pourtant, la Scapêche a bénéficié de subventions directes substantielles : au total plus de 10 millions d'euros sur plusieurs années en aides à la construction, à la modernisation et à la sortie de flotte des navires, remplacés en général par des navires plus performants. Pour connaître le montant des subventions que les navires perçoivent au niveau européen, se rendre sur le site [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] On y apprend que le Mariette Le Roch II a touché plus d'1 million d'Euros d'aides à la construction, montant identique pour le Jean-Claude Coulon II, des sommes qui équivalent à 13% du coût de l'investissement (chaque navire a coûté 8,2 millions d'Euros). Qui d'autre en France se fait offrir 13% (au bas mot) de son outil de travail ?

Ajoutons à cela que la Scapêche a touché pour la sortie de flotte du Mariette Le Roch (ex-"Pors Ar Vag") 1,285 million d'euros. Quant au Jack Abry II qu'on voit dans le film (un navire identique au Mariette le Roch II et au Jean-Claude Coulon II), il a bénéficié au moment de sa construction d'un groupement d'intérêt économique et fiscal (GIE fiscal) octroyé par le gouvernement français (plus exactement soustrait à Bercy contre l'avis initial du bureau de la ressource du Ministère de l'Agriculture qui préconisait une réduction importante de l'effort de pêche sur les espèces profondes en s'appuyant sur les avis scientifiques) mais son montant nous est, dans une grande tradition française d'opacité quand il s'agit de subventions à la pêche, inconnu. Le prédécesseur du Jack Abry II, le Jack Abry est sorti de flotte, quant à lui, pour un montant de 850 000 Euros (voir sur la fiche du Pors Melen, son ancien nom).

L'exercice est reproductible pour chaque navire et chaque armement, c'est d'ailleurs passionnant de voir que nos impôts sont engloutis dans un vaste programme de destruction de l'environnement et d'une ressource vulnérable pour maintenir à flot une dizaine de navires déficitaires, dont plus de la moitié appartiennent à une chaîne de supermarchés (Intermarché, propriétaire de la Scapêche).

Pourquoi tous les entrepreneurs français en détresse ne bénéficient-ils pas de ce traitement de faveur ?

Si ça ne choque que moi que le fruit de notre travail alimente un des leaders français de la grande distribution (je ne crois pas que les super et hypermarchés en France soient exactement « dans le besoin »…), parlons-en publiquement, car pour ma part, je préférerais penser que mes impôts aident les pêcheurs artisans, leur famille, les jeunes se lançant dans la vie active, les personnes âgées, les personnes malades, les enfants en difficulté scolaire, les infirmières, les enseignants, les ostéopathes, les cheminots, les ouvriers, les petits agriculteurs, les travailleurs sociaux, les aides-soignants, les puéricultrices ainsi que tous ceux qui méritent d'être aidés par notre système de solidarité sociale et en réalité, à peu près TOUS les Français, sauf la grande distribution et les pratiques industrielles destructrices.

C'est une demande légitime de citoyenne, il me semble.
2. Un bilan carbone épouvantable

Alors que les navires de moins de 12 mètres ont une consommation moyenne de 30 à120 litres de gasoil par jour (déclarations des professionels/UAPF ; pour une part du carburant dans le chiffre d'affaires de 8%)(IFREMER 2008, pdf), les chalutiers industriels de plus de 40 mètres tels que ceux qu'on voit dans le film ont une consommation moyenne d'environ 7000 litres de gasoil par jour (pour une part du carburant dans le chiffre d'affaires au moins équivalente à 28% pour l'ensemble des chalutiers de fond (FAO 2007, pdf, page 148).

C'est précisément pour réduire la note de gasoil (pourtant allégée à près de moitié par l'Etat par le biais de la détaxe sur le carburant) que les navires sont obligés de rester dans le Nord de l'Europe et que la Scapêche préfère affréter un jet privé pour y emmener ses équipages, car ça coûte moins cher, c'est dire… !

Matignon a d'ailleurs remis en cause depuis 2006 le chalutage comme méthode de pêche durable, je cite les conclusions du rapport Poséidon (pdf) : « Des techniques comme le chalutage sont en question. Handicapé à terme du fait de la consommation élevée en carburant, le chalutage est critiqué pour sa faible sélectivité des prises. »
3. Une centaine d'emplois qui pourraient se reconvertir vers une pêche durable

Contrairement à ce qu'affirme l'auteur du reportage sur le blog de Thalassa, cesser de soutenir la pêche profonde en France ne reviendrait pas « à supprimer quantités d'emplois et une source d'alimentation pour une large partie de la population » mais au contraire à alléger les finances publiques et à aider à la reconversion vers des pratiques durables ceux qui se trouvent engagés (et étranglés financièrement) dans des pratiques qui ne le sont pas.

Pour rappel :

La pêche profonde en France représente en 2009, 1,48% des captures françaises en volumes débarqués (7300 tonnes sur 491 720 tonnes pêchées par des navires français) et environ une centaine d'emplois cumulés (deux fois moins que les affirmations des professionnels d'après les estimations des ONG). Les Français importent 85% des poissons qu'ils consomment donc retirer l'infime fraction de poissons profonds de leur menu (apparus dans les années 1990 à la suite de la surexploitation des stocks traditionnels comme le lieu noir) ne risque pas de mettre qui que ce soit en péril.

Maintenir ce minuscule tonnage débarqué, en revanche, présente le risque de mener une politique de terre brûlée sans considération pour l'avenir et de perturber la productivité des écosystèmes profonds à long terme or ceux-ci sont utiles à l'ensemble des océans de plus d'une façon. Si nous en sommes arrivés à exploiter ces espèces profondes que nous refusions de consommer il y a encore 20 ans et qui étaient jetées par dessus bord, c'est bien parce que nous sommes engagés dans une folle course de surexploitation des ressources et milieux marins. Une fois extirpés les poissons démersaux (vivant sur le fond) des zones productives des océans (celles se trouvant proches de nos côtes), les chalutiers sont allés chercher plus loin, plus profond, les poissons qui présentaient un potentiel commercial élevé (chair blanche, facile à fileter et à surgeler).

Une étude de l'IFREMER (pdf) sur les débarquements effectués par les flottes françaises dans le golfe de Gascogne entre 1973 et 2002 montre que la composition des débarquements a fortement changé au cours de la période, avec un accroissement important de la part des espèces pélagiques (anchois, harengs, maquereaux etc.) qui ont doublé en 30 ans dans les débarquements et un déclin marqué des débarquements de poissons benthiques (vivant sur le fond…) à partir de la fin des années 1980 (de 45% en 1973 à seulement 20% en 2002).

Ce changement trophique a entraîné une perte de 45% de la valeur des captures, montrant qu'à mal gérer les écosystèmes et les stocks, tout le monde y perd.

La fin des années 80 est précisément le moment où les chalutiers ont démarré la pêche profonde de façon à compenser ces pertes de ressources et de revenus.

Etant donné que la pêche profonde est reconnue par les chercheurs comme étant une aberration écologique et économique, les restrictions de quotas dictées par les avis scientifiques européens ont déjà eu raison de la plupart des navires français (49 en 2000 à 17 en 2008, d'après les données communiquées par A. Biseau / IFREMER au sein de la mission pêches profondes).

Aujourd'hui, 11 navires en France réalisent 90% des captures d'espèces profondes, soit 0,2% de la flotte française métropolitaine.

L'avenir des pêches profondes est sombre, quoi que peuvent en dire les pêcheurs, les ONG ou les médias, et l'armement Euronor (Boulogne-sur-Mer) l'a bien compris qui a commencé sa reconversion (et son retour) à son métier traditionnel de pêche du lieu noir. »(2)

En réalité, le débat sur la pêche profonde est bloqué en France par la Scapêche (flotte Intermarché), qui a fait le choix délirant (mais amplement subventionné) en 2004 de réinvestir massivement dans la construction de trois navires « spécialistes » des grands fonds au moment où les espèces profondes passaient sous quotas ! (mais juste avant que l'Europe ne cesse de subventionner la construction de navires), et ce, bien que les promesses explicites de réduction régulière des quotas, qui furent tenues par la suite, eussent été clairement annoncées par les scientifiques et la Commission européenne .

Bien mystérieuse est la « vision » d'une direction qui fait ce genre de choix stratégique alors que n'importe quel consultant lambda conseillerait de ne pas s'engouffrer dans une activité sans avenir, sachant en outre que l'amortissement des bateaux se fait au minimum sur vingt ans.

La Scapêche a dorénavant les pieds et les poings liés à la pêche profonde par le biais de ses navires neufs, car comme le précise un article du Marin(3) : « Leur capacité de cale limitée ne leur permet guère de cibler des espèces de masse comme le lieu noir, dont le prix de marché vient à peine de se stabiliser autour d'1 euro. » Il leur faudrait donc des poissons qui se vendent plus cher, au moins le double (prix moyen des espèces de grands fonds, 2,43 Euros/kg en 2009) pour ne pas creuser leur déficit plus avant.

Voilà donc l'explication du blocage du dossier « pêches profondes » : pour les erreurs stratégiques d'investissement d'un groupe leader de la grande distribution, les Français se trouvent pris en otage et contraints de contribuer financièrement à des pratiques de pêche dénoncées comme les plus destructrices au monde par l'ensemble de la communauté scientifique internationale ainsi que par toutes les nations siégeant aux Nations Unies (en dehors des 10 pays pratiquant la pêche profonde, naturellement).

Laisser les intérêts privés, essentiellement ceux d'un groupe, dicter la gouvernance du bien commun et des fonds publics est scandaleux.

J'ai écumé les fonds d'archives de l'IFREMER et des plus grands instituts de recherche dans le monde et n'ai pas trouvé une seule publication affirmant ou démontrant que la pêche profonde pouvait être durable dans le respect des écosystèmes.

Le journaliste de THALASSA affirme au contraire qu'il existe de nombreuses « études réalisées sur plusieurs années par les scientifiques d'IFREMER qui tempèrent cet avis tranché ».

Je l'ai donc prié d'être concret et d'indiquer des références précises car c'est une lourde responsabilité d'avoir accès à une chaîne de télévision publique en prime time et d'y énoncer des inepties non fondées.

Il semble toutefois qu'il ait été à court d'inspiration pour trouver des porte-paroles scientifiques de la « pêche profonde durable ». Et pour cause… il n'y en a pas ! Comment les scientifiques pourraient-ils affirmer une telle absurdité alors que les chercheurs internationaux réunis au sein du CIEM (Conseil International pour l'Exploration de la Mer) rappellent que 100% des stocks profonds se trouvent en dehors des limites biologiques de sûreté (pdf) et qu'en capturant les poissons qu'ils ciblent, les chalutiers industriels mènent certaines espèces de requins à l'extinction (voir ci-dessous) ?

A noter néanmoins le soin avec lequel THALASSA a évité d'interviewer les dizaines de chercheurs pouvant prouver que la pêche profonde est au contraire une pratique condamnable et condamnée. En fait, il existe précisément 1452 chercheurs qui ont pris position contre le chalutage profond en adressant une pétition à l'Assemblée générale des Nations Unies en 2006 et qui pourraient fournir un avis différent de celui défendu par l'émission dans son reportage du 8 octobre, leurs coordonnées se trouvent à l'adresse suivante (pdf) :http://www.mcbi.org/what/what_pdfs/dsc_signatures.pdf
4. Un constat scientifique unanime : la pêche profonde n'est ni durable, ni écosystémique

Les avis sont unanimes : la pêche profonde, surtout celle menée avec des chaluts de fond, est une activité destructrice, qui n'épargne ni les habitats, ni les poissons ciblés ni évidemment les captures non ciblées(qui représentent parfois plus de la moitié des prises).

A tel point que certaines espèces capturées, notamment des requins profonds comme l'aiguillat commun (commercialisé sous le nom de saumonette, déclin de la biomasse de plus de 95% dans l'Atlantique Nord Est), le pailona commun ou le squale-chagrin de l'Atlantique (déclin de 80 à 95% de la biomasse dans l'Atlantique Nord Est), sont menacés d'extinction d'après la liste rouge des espèces menacées de l'UICN.

L'impact sur les habitats est ce qu'il existe de moins contesté dans le débat sur la pêche profonde, néanmoins, je précise que l'attention internationale s'est concentrée jusqu'ici sur le plus urgent, c'est-à-dire la nécessité de mettre fin à la destruction massive et sans doute irréversible d'écosystèmes marins exceptionnels, comme les récifs coralliens profonds ou les agrégats d'éponges, qui mettent jusqu'à 10 000 ans pour se former, mais il faut préciser que les habitats vulnérables profonds ne se limitent pas aux structures extraordinaires.

En fait, seules 6 à 8 espèces de corail profond sont bâtisseuses de récifs, tandis que 99% des coraux ne le sont pas. Cela signifie que plus de 3300 coraux profonds ont une distribution aléatoire au fond des océans, ancrés dans la roche ou le sédiment vaseux, des zones couramment travaillées par les chaluts profonds. Cela signifie également que la destruction de la biodiversité est discrète dans les filets, étant donné que la plupart des espèces profondes ne forment pas de communautés denses.

Les coraux profonds sont caractérisés par une croissance lente et une longévité extrême, ils comptent les organismes les plus longévives de la planète et peuvent vivre plus de 4000 ans.

C'est très regrettable que THALASSA ait passé ces données essentielles sous silence et n'ait mis en valeur que le point de vue des pêcheurs clamant haut et fort qu'ils épargnent dorénavant les coraux et éponges puisqu'ils travaillent les mêmes zones depuis des années. Les zones en question sont gigantesques, il leur est impossible de s'assurer de repasser précisément à des endroits déjà impactés. D'ailleurs, est-ce un argument ? De nombreux écosystèmes ont été altérés par les hommes puis restaurés, la seule question valable dans ce débat est celle de la vulnérabilité des milieux et donc de leur potentiel ainsi que leur durée de rétablissement, non celle de leur niveau de destruction qui rendrait leur sacrifice définitif acceptable.

Ce qui rend la démarche de l'émission éthiquement douteuse, c'est d'avoir choisi d'ignorer le document que je leur avais communiqué de l'inspection irlandaise à bord d'un chalutier français daté du 19 février 2010. L'inspecteur écrit, je cite : « Le 17 février 2010, lors d'une inspection de routine d'un navire de pêche français (…), je suis tombé sur une grande quantité de corail sur le pont. (…) Après une inspection plus approfondie, j'ai découvert plus de corail à proximité de la cale. Une grande partie du corail avait été écrasée par les pêcheurs travaillant sur le pont. (…) Il y avait là plus de corail qu'il m'ait jamais été donné de voir dans cette zone ou dans aucune zone au cours de ma carrière en mer. »

Ce document prouve que même les zones de pêche traditionnelles des chalutiers français possèdent encore des écosystèmes vulnérables, vierges ou en cours de restauration. Il prouve aussi que les pêcheurs mentent lorsqu'ils disent qu'ils ne capturent plus de coraux.
5. Conclusions

Voilà les raisons non exhaustives (je pourrais amplement développer) qui expliquent le plus succinctement mais le plus précisément possible pourquoi il est inconcevable aujourd'hui d'affirmer que la pêche profonde est durable ou qu'elle en a le potentiel.

Certes, il existe de rares espèces (lingue bleue, sabre noir...) qui ne sont pas « typiquement » profondes dans le sens où leurs propriétés biologiques les rapprochent de certaines espèces de surface comme la morue (notons que celle-ci s'est effondrée brutalement comme d'autres espèces parfaitement « exploitables » et que des caractéristiques biologiques appropriées à l'exploitation ne sont donc qu'un pré-requis de la pêche, non une garantie d'exploitation raisonnée).

Ces quelques espèces non typiquement profondes demeurent vulnérables, notamment à cause de leur longévité moyenne, mais aussi parce que la structure génétique de leurs stocks est inconnue ou qu'elles peuvent former des agrégations faciles à cibler par les pêcheurs au moment de la reproduction (lingue bleue) ou encore parce que leur maturité sexuelle intervient tardivement dans le cycle biologique (cas du sabre noir qui, malgré une longévité moyenne -12 ans-, dispose de très peu de temps pour se reproduire en fin de vie. )

Mais même si les caractéristiques de ces espèces en font des « candidats potentiels » à une exploitation durable, comment passer sous silence les victimes collatérales qui partagent leur milieu profond et qui elles, sont des créatures « typiquement » profondes et vulnérables : grande longévité (40 à 100 ans), reproduction tardive et épisodique (souvent inconnue), croissance lente ? Pour quelques espèces ciblées commercialement (moins de 10), c'est une soixantaine d'espèces périphériques sacrifiées. Sans mentionner les coraux profonds ou les éponges, souvent pluricentenaires ou plurimillénaires…

La question qui se pose est donc celle d'une pêche écosystémique : accepte-t-on, pour maintenir l'activité résiduelle d'une dizaine de navires qui, malgré les aides publiques substantielles dont ils bénéficient, ne sont pas rentables, de sacrifier des écosystèmes vulnérables, de mener des espèces à l'extinction, de mettre en péril la biodiversité profonde et de détruire occasionnellement des structures exceptionnelles (récifs coralliens, agrégats d'éponges) ? En cette année internationale de célébration de la biodiversité, cette question ne devrait même plus se poser.

John Gordon, directeur de l'Association écossaise pour la science marine, illustre chercheur européen et coordinateur de vastes projets de recherche sur la pêche profonde, a récemment résumé le sentiment de l'ensemble des chercheurs : « Le consensus général est que les pêches profondes ne sont pas durables et que la plupart d'entre elles, sinon leur totalité, devraient être fermées. »

Notes

1. Diffusé le 8 octobre 2010 sur France 3.
2. "Avec des navires peut-être plus polyvalents, [les Boulonnais d'Euronor] ont diminué leur effort de pêche sur les grands fonds et sont revenus à leur métier traditionnel du lieu noir. La ressource le permet et ils se replacent, difficilement, sur un marché qu'ils avaient un moment perdu au profit des Norvégiens" Article Le Marin du 10 novembre 2006 publié le jeudi 28 décembre 2006
3. Article "Douze chalutiers français concernés au premier chef", Le Marin du vendredi 12 mars 2010 par André Thomas.

Auteur
Claire Nouvian - Bloom

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MessageSujet: Re: Thalassa : flagrant délit de propagande et de désinformation pour la pêche profonde   Sam 16 Oct 2010, 22:47

Ouha !
C'est long ton truc, j'avoue que je n'ai pas été jusqu'au bout, mais je vois avec plaisir que certaines personnes ont le mème avis que moi .....
Mémé si je préfèrerais avoir tort .....

Fred, ça me fait penser à un post sur "les Seigneurs de la Mer", ou j'avais fait remarquer qu'on pouvais faire dire ce qu'on voulait à des images ....

Mais je ne m'attendais pas à ça de la part de Thalassa, je savais qu'ils n'étaient pas du genre à "taper dans la fourmillière" (expérience vécue par mes amis pécheurs),
mais de là à désinformer ......

On ne peut vraiment plus se fier à personne

Pour en revenir au sujet, j'hallucine quand je lis :
"Matignon a d'ailleurs remis en cause depuis 2006 le chalutage comme méthode de pêche durable"
Attendre 2006 pour constater que le chalutage est un désastre pour l'environnement, ça prouve bien l'hypocrisie de nos politiques, quelqu'en soit le bord
Le chalutage détruit le biotope, il ne se contente pas de capturer des poissons, il détruit leurs milieux de vie, en ça il est bien plus destructeur
Il en va de mème pour le chalutage à petite profondeur ......
Mais là aussi il y a des gros sous derrière .....
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MessageSujet: Re: Thalassa : flagrant délit de propagande et de désinformation pour la pêche profonde   Sam 16 Oct 2010, 22:59

Tout a fais mon alain,

On tue notre mer a petit feu et comme le dis ma signature, l'argent nous ne l'emporterons pas dans nos tombes.

Il y as des fois je hais l'homme dans sa cupidité, mais heureusement quelque têtes s'élèvent au dessus de tout ca pour dire ce qui se passe.

Dorénavant je ne regarderais plus thalasa.

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MessageSujet: Re: Thalassa : flagrant délit de propagande et de désinformation pour la pêche profonde   

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Thalassa : flagrant délit de propagande et de désinformation pour la pêche profonde
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